Je ne me reconnais plus depuis que je suis devenue maman...
... et si c'était normal ? Comprendre la matrescence pour se retrouver, sans culpabilité
DEVENIR MÈRE
Céline DORÉ
6/8/20267 min read


Vous vous sentez un peu perdue depuis que vous avez accouché ?
Vous oscillez entre un amour débordant pour votre bébé et une nostalgie déroutante de votre vie d’avant ? Vous ne savez plus vraiment de quoi vous avez envie ? Et parfois, une pensée vous traverse — une pensée qui vous fait peur : « Mais pourquoi ai-je voulu un enfant ?"
Vous vous demandez si vous êtes « normale » — ou même si vous êtes faite pour être maman ?
Si vous vous reconnaissez, je veux vous dire quelque chose d'important : ce n'est pas vous qui avez un problème. Ce que vous traversez a un nom. Et ça, ça change tout.
La matrescence : un mot qui libère
La matrescence, c'est la transformation profonde — physique, hormonale, émotionnelle et identitaire — que vit une femme lorsqu'elle devient mère. Ce concept a été formalisé dans les années 1970 par l'anthropologue Dana Raphael, puis repris et approfondi par des chercheuses comme Aurélie Athan, enseignante en psychologie à l'université Columbia.
Ce mot existe depuis des décennies. Et pourtant, personne ou presque ne vous en parle.
On vous parle du poids de bébé à la naissance. On vous parle des contractions, du premier sourire, du suivi pédiatrique. Mais on ne vous dit pas que vous aussi, vous allez traverser une naissance. La vôtre. Celle de votre nouvelle identité de maman.
La matrescence commence bien avant l'accouchement — dès lors que vous vous posez sérieusement la question du désir d'enfant — et elle peut se poursuivre bien au-delà des premières semaines. La plupart des chercheurs s'accordent à dire qu'elle dure au minimum jusqu'aux trois ans de l'enfant. Mais pour moi, c'est un processus qui n'a pas vraiment de fin : il se réactive à chaque grande étape — l'entrée à l'école, l'adolescence, le départ du foyer, l'arrivée d'un deuxième enfant… À chaque fois que votre enfant grandit, une nouvelle version de vous demande à naître.
Ce que vous pouvez ressentir — et qui est tout à fait normal
Votre cerveau est en pleine réorganisation
Dans les dernières semaines de grossesse et les premiers mois de vie de votre bébé, votre cerveau se reconfigure littéralement. Les zones cognitives et rationnelles sont mises en veille au profit des zones de l'empathie. Pourquoi ? Pour vous permettre de créer le lien avec votre enfant, d'apprendre à décoder ses besoins, de vous accorder à lui.
C'est pour ça que vous vous sentez peut-être moins alerte intellectuellement. Ce n'est pas vous qui avez perdu des neurones. C'est votre cerveau qui s’ajuste à votre contexte.
C'est aussi pour ça que, même épuisée, il vous est parfois impossible de dormir quand bébé est dans la maison. Je me souviens très bien de cette sensation : on me proposait d'aller faire une sieste, j'en avais tellement besoin, et je ne pouvais tout simplement pas lâcher prise. Une partie de mon attention restait tendue vers les petits bruits de bébé. Ce n'était pas de l'anxiété pathologique. C'était la matrescence.
L'ambivalence : vous avez le droit de ressentir les deux à la fois
Vous voulez être avec votre bébé. Et vous voulez aussi respirer, avoir du temps pour vous, retrouver vos amis, sentir que vous existez encore en dehors de ce rôle. Ces deux désirs coexistent, et parfois ils s'affrontent.
Quand vous prenez enfin du temps pour vous, votre bébé vous manque et vous ne savez plus quoi faire de vous-même. Quand vous êtes avec lui toute la journée, vous ressentez un sentiment d'enfermement. Ce tiraillement, cette ambivalence, n'est pas un signe que vous êtes une mauvaise mère. C'est une des expressions les plus caractéristiques de la matrescence.
L'écart entre la mère que vous avez rêvée et et celle que vous avez l’impression d’être
Vous aviez imaginé une certaine maman. Présente, sereine, comblée. Et la réalité — changer des couches, enchaîner les nuits hachées, tourner en rond dans votre appartement — ne ressemble pas toujours à l'image que vous en aviez.
Cet écart peut générer une culpabilité immense. Je devrais être heureuse. Les autres mamans ont l'air de s'en sortir mieux que moi. Mais ce que vous observez sur les réseaux sociaux ou chez vos amies, c'est souvent la version filtrée de la maternité. La réalité est bien plus complexe — et bien plus humaine — que l'image d'Épinal de la maman souriante et comblée.
Le deuil de votre vie d'avant
Oui, le mot est fort. Mais c'est de ça qu'il s'agit : une succession de deuils. Le deuil de votre liberté. Du silence dans votre maison. De la spontanéité de votre vie de couple. Peut-être aussi du bébé que vous aviez imaginé, ou de la mère que vous pensiez être.
Vivre ces deuils ne veut pas dire que vous n'aimez pas votre enfant. Cela ne fait pas de vous une mauvaise mère. C'est une étape nécessaire dans la traversée de votre matrescence. Faire le deuil de l’identité que vous aviez imaginé, pour faire de la place à la version de vous qui demande à naître.
La colonisation de votre corps
Votre corps, pendant cette période, est mis au service de bébé de façon intense et constante. Il porte, il berce, il allaite peut-être. Les bras, le dos, les épaules… sont très sollicités. Et parfois, on peut avoir l'impression d'en être dépossédée, de ne plus vraiment habiter son corps. D’autant plus qu’il a changé avec la grossesse…
Ce sentiment d'étrangeté par rapport à son propre corps est très déstabilisant, parce que notre corps est notre premier ancrage identitaire. Revenir à son contact — doucement, sans pression — est l'un des chemins vers soi les plus puissants.
Et si c'était une opportunité ?
Je sais que c'est difficile à entendre quand on est épuisée et déstabilisée. Mais la matrescence, c'est aussi — et c'est ce que j'observe profondément dans mon travail avec les femmes — une opportunité extraordinaire.
Une opportunité de rencontrer qui vous êtes vraiment. Pas la mère parfaite que vous aviez imaginé être. Pas la femme d'avant, figée dans une identité qui ne vous correspond peut-être plus tout à fait. Mais vous, maintenant, avec toutes vos facettes.
Les enfants ont ce don particulier — un peu douloureux — d'appuyer exactement là où ça fait mal. Une maman dont le style d'attachement est évitant va être particulièrement bousculée par la dépendance absolue de son bébé. Une maman dont l'estime de soi est fragile va être plus vulnérable à la pensée « je ne suis pas une bonne mère » et risque de s'y accrocher durablement. Ce n'est pas une malédiction — c'est une invitation à aller soigner ce qui attendait d'être soigné.
Ce que vous pouvez faire dès maintenant
Donnez-vous du temps. La matrescence est un processus qui s'inscrit dans la durée. Vouloir retrouver votre « version d'avant » plus le rôle de maman en prime, c'est vous condamner à l'épuisement. Essayez d’être douce avec vous-même.
Revenez dans votre corps. Ralentissez. Reconnectez-vous à vos sensations. Réappropriez-vous ce corps qui a tant donné. Le yoga nidra, par exemple, a été pour moi une vraie révélation dans le postpartum — une façon de me reposer vraiment quand le sommeil ne venait pas.
Laissez vos émotions s'exprimer. Les deuils ne se font qu'en les traversant. La tristesse, la colère, la frustration — laissez-les sortir, auprès de personnes qui savent écouter sans juger.
Recentrez-vous sur vos valeurs. Dans l'intensité du quotidien, on peut s'éloigner de ce qui nous guide. Pourquoi avez-vous voulu devenir maman ? Qu'est-ce qui est essentiel pour vous dans la vie ? Revenir à ces questions vous aidera à sortir du brouillard et à remettre au centre ce qui compte vraiment.
Identifiez vos besoins profonds. Sous le besoin de dormir, il y a peut-être un besoin de solitude. Sous le besoin de sortir, peut-être un besoin de vous sentir vivante, désirée, créative. Quels sont vos besoins profonds — et comment y répondre avec les contraintes actuelles ?
Vous n'avez pas à faire ça seule
Parfois, traverser tout cela seule est difficile. Accueillir ses émotions sans les fuir, prendre du recul sur son quotidien, identifier ce dont on a vraiment besoin — c'est plus facile quand quelqu'un est là pour tenir l'espace, pour vous poser les bonnes questions, pour vous rassurer sur le fait que ce que vous traversez est normal.
C'est exactement ce que je fais dans mon cabinet avec les femmes que j'accompagne. Ensemble, nous mettons du sens sur ce que vous vivez. Nous traversons les émotions. Nous revenons à vous — à vos valeurs, à vos besoins profonds, à la maman que vous, vous avez envie d’être.
C'est exactement ce que je fais dans mon cabinet avec les femmes que j'accompagne. Ensemble, nous mettons du sens sur ce qu’elles vivent. Nous traversons leurs émotions. Nous revenons à elles — à leurs valeurs, à leurs besoins profonds, à la maman qu’elles, elles ont envie d'être.
Parce qu'il n'y a pas une seule façon d'être maman. La vôtre existe, même si vous ne la voyez pas encore clairement. Mon rôle est de vous aider à en trouver le chemin.
Je peux vous raconter ce moment, lorsque mon fils avait un mois et demi, où j'étais au fond du trou — malade, épuisée, désespérée, avec cette pensée terrible : mais pourquoi j'ai voulu un enfant ? Cette pensée, c’était le signe que j'avais besoin d'aide et d'espace pour me retrouver. Quand j'ai accepté ce soutien extérieur, quand j'ai pu souffler et revenir à moi-même, tout a changé. Pas la situation objective. Mon regard sur elle.
Changer son regard, ça peut sembler petit. Mais dans le vécu quotidien d'une vie, c'est révolutionnaire.
Dans mon cas, ça m’a permis de retrouver la présence et l’appréciation. De passer du désespoir et de l’épuisement à la joie et à la gratitude. Un changement à 180 degrés !
Vous allez vous retrouver
Pas forcément l'identité que vous aviez avant de devenir maman — la vie avance, et ce serait dommage de faire marche arrière. Mais votre identité d'aujourd'hui, celle qui inclut votre nouveau rôle et toutes vos autres facettes. Cette identité qui vous ressemble vraiment.
Vous allez pouvoir retrouver de la clarté. Vous sentir plus ancrée. Être plus présente à vous-même, et donc plus présente à votre enfant. Et je l'espère — c'est une part importante de mon travail — vous sentir fière de vous. Fière d'avoir traversé ça et fière d’incarner cette nouvelle identité juste pour vous.
Quelle que soit l'intensité de ce que vous vivez en ce moment, quelle que soit la durée de cette période, vous pouvez vous retrouver. Vous recentrer. Et devenir la femme et la mère que vous avez envie d’être.
Si vous sentez que vous avez envie d'aller plus loin, si vous ressentez le besoin d'être accompagnée, n'hésitez pas à prendre rendez-vous. La première séance ne comporte aucun engagement — c'est simplement l'occasion de nous rencontrer, et de sentir ensemble si nous avons envie de poursuivre le chemin.
Gestalt praticienne et Coach somatique
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Crédit photos : Emmanuelle PENNDU